Russie, Eurasie et Asie centrale : Entre crises, pandémie, conflits et espérances.

L’histoire heurtée de l’ancien bloc soviétique ne permet pas de considérer cette zone gigantesque comme un bloc unique, encore moins comme un marché global.
Si l’on a assisté entre 2005 et 2016 à des situations plutôt stables politiquement et encourageantes économiquement malgré des crises ponctuelles, la période depuis 2016 marque un cycle de crises endogènes et exogènes.


Est-ce bénéfique aux échanges commerciaux et industriels ?
Oui, comme toute situation de crise à travers laquelle l’on sait louvoyer entre les écueils et surfer sur les plus grosses vagues.

Nonobstant, le paysage actuel s’apparente plus à un relief lunaire…parcouru par des tempêtes martiennes.  Mais c’est exactement ce que pensent de nous ces populations très diversifiées qui nous rappellent une certaine déliquescence de la construction européenne et l’affaiblissement de certains de nos pouvoirs nationaux.

Nous essayons de résumer infra la situation des pays les plus significatifs de l’ex URSS,
en vision approche d'affaires malgré la pandémie.

RUSSIE

Les difficultés actuelles de la Russie font souvent oublier les résultats du Président Poutine. En effet, à son apparition en 2000 la Russie était considérée comme pays émergent membre des pauvres BRICS devant lesquels l’on s’apitoyait.
Aujourd’hui, la Russie a largement émergé et occupe la place que l’on sait sur l'échiquier politique mondial. Si l’on raisonne en terme de contrat avec le peuple, on peut sans hésiter dire que Vladimir Poutine a brillamment tenu son contrat sur le plan du développement international.

Le bilan est plus nuancé sur le plan technico-économique, l’Oligarchie pillant en toute impunité les ressources naturelles du pays afin de servir des intérêts particuliers au détriment de la collectivité.
Et si le bilan est presque mauvais sur le plan intérieur pour ce qui concerne la santé et les retraites, c’est surtout parce que la Russie est le pays le plus déséquilibré du monde sur le ratio surface/population : 37 fois la France, mais presque à peine deux fois plus de population, en baisse. C’est aussi ingérable que le nombre de castes et de langues en Inde….

Mais en contrepoint il y a un pouvoir assez fort qui arrive à garantir à la population une certaine sécurité intérieure et à lui conserver des points de repères constants.

Les sanctions Euro-américaines de 2015 ont eu pour effet de créer un fort mouvement patriotique et une volonté d’autarcie industrielle. Cela aurait pu marcher si les équipes au pouvoir avaient su motiver les jeunes entrepreneurs et surtout si l’on avait évité un retour aux tailles pachydermiques et aux fonctionnements industriels soviétiques archaïques, tuant les PME et les TPE créatives et dynamiques dont le pays avait besoin.

La pandémie arrive donc au mauvais moment, dans un contexte économique dont la fragilité est renforcée par la baisse du cours du pétrole et se traduit par un retour du Rouble à des cours inférieurs de près de 70% à ceux de 2004.

Mais le peuple Russe a toujours montré une forte capacité à se sortir des pires crises. Pour un occidental, il y a de bonnes opportunités qu’il faut savoir travailler en adaptant le modus operandi aux contraintes de la pandémie et en ayant foi en ce pays si spécifique.

KAZAKHSTAN

Après 30 ans de pouvoir, le Président Nursultan NAZARBAIEV a passé le flambeau à un homme peu connu du public, Kassym-Jomart TOKAIEV. Le passage de relais n’est pas anodin : L’un comme l’autre sont des légalistes, autant que faire se peut en Eurasie, attachés aux formes et aux équilibres.

Nazarbaïev, qui a souvent évoqué l’admiration qu’il avait pour des hommes d’Etat comme De Gaulle et Adenauer, a voulu cesser ses fonctions graduellement, de manière organisée et en laissant un bon souvenir au peuple Kazakh et de belles perspectives à son pays. D’autant plus qu’il reste officiellement dans les arcanes du Pouvoir.

Majoritairement, la population estime que le « contrat » a été rempli bilatéralement avec succès : En échange de l’accord sans réserve du peuple sur les décisions du Président et sur une totale liberté d’agir de celui-ci, le peuple devait être assuré de sa sécurité extérieure et notamment vis-à-vis de la Chine, de sa sécurité intérieure grâce à un pouvoir fort, d’un développement endogène et de bons échanges internationaux, et surtout d’une forte indépendance vis-à-vis de la Russie et de l’Occident.

Eu égard la mentalité d’un peuple issu de tribus de la steppe et qui a pourtant réussi réussi à s'unir pour rejeter les Mongols hors de ses terres, on ne peut que souscrire au bon résultat. Le Kazakhstan a aidé Poutine à créer l’Union Économique Eurasiate sans jamais s’inféoder à la Russie, il a su s’allier l’Europe et les USA sur le plan des affaires, et a réussi à rendre plus neutres ses relations avec la Chine.

Sur le plan des affaires, il y a deux manières de considérer le Kazakhstan : on aime ou on déteste.

D’une part il est évident que l’on est dans un monde « Orientalo-Persique », très loin des manières occidentales de procéder. D’autre part, il y a un vrai potentiel d’affaires à condition de savoir s’intégrer au pays.

Un des objectifs du Pouvoir est de réussir comme certains Émirats à créer de nouvelles valeurs ajoutées que celles liées au Pétrole ou à l’extraction des richesses naturelles.

Donc, à condition d'être souple, constructif et patient, il y a de très belles opportunités d'affaires au Kazakhstan même pour des petites structures.

BIELORUSSIE

Rares sont les pays frontaliers de l’Europe autant méconnus des Européens. Peut-être en raison de son nom, assimilable à celui d’une province de Russie alors que c’est une nation indépendante et souveraine ? Ou alors en raison d’un « effacement de mémoire collective » dû aux péripéties de son histoire pendant la guerre ?

Il est possible aussi que ce soit en raison de son histoire calme et linéaire depuis la chute de l’URSS. Elu en 1994, le président Alexandre Loukachenko a été réélu 5 fois, cette dernière élection en 2020 ayant généré apparemment une vaste contestation populaire, sans doute trop bien orchestrée pour être naturelle.

Comme Poutine et Nazarbaiev, Loukachenko a dirigé le pays avec un contrat moral avec le peuple peu formulé mais tacite : Faire de la Biélorussie « le » pays dans lequel le soviétisme aurait réussi. Et les apparences ont montré jusqu’à aujourd’hui qu’il a réussi : Le pays est stable, le peuple vit sans folies ni originalités mais dans un système socio-économique fiable, sérieux et non corrompu. Bien sûr, comme dans l’ex soviétisme, il y a un oligarchisme réel et un cadre de pensée politique assez restreint.

Les Biélorusses sont performants autant que faire se peut en Soviétie, notamment en mécanique lourde et agroalimentaire. Ils sont bons exportateurs, et on les trouve sur les marchés d’Extrème Orient, d’Afrique et du Moyen-Orient dans des domaines haut de gamme comme les véhicules miniers géants et le ferroviaire.

L’Europe a totalement oublié pourquoi la Biélorussie a été sous sanctions de 2006 à 2008 et de 2011 à 2016, ce qui lui a fait bouder ce marché pourtant important.

Ceci a incité la Biélorussie à se rapprocher de la Russie, plus que ne l’a fait le Kazakhstan. Les trois pays sont l’épine dorsale de la EEU (Eurasian Economic Union) qui, malgré sa relative petite taille (près de 200 millions d'habitants, quand même), ne fonctionne en interne ni mieux ni moins bien que l’UE.

Qu’en est-il de la crise intérieure actuelle ? Les Européens qui semblent l’attiser, Pologne en tête et pays baltes à suivre, ignorent que le biélorusse moyen ne veut être ni Russe ni Européen, mais Biélorusse libre. Si le président Loukachenko reprend conscience de son vrai rôle et accepte de nouvelles élections, la situation devrait se stabiliser.

Pour une entreprise occidentale qui comprend qu’il n’y a plus de sanctions globales contre la Biélorussie, y faire des affaires est une réelle opportunité eu égard la fiabilité et le sérieux des Biélorusses et de leurs entreprises.

UNION ECONOMIQUE EURASIATE

L’UNION ECONOMIQUE EURASIATE a été officialisée le 1er Janvier 2015. C’est une idée du Président Poutine, plus en réponse au nouvel ostracisme Euro-Americain contre la Russie que dans une réelle envie de faire cause communes avec ses (petits) voisins.
Mais l’idée de faire une mini-Europe en comité restreint n’était pas mauvaise car les trois pays de base, Russie, Biélorussie et Kazakhstan représentent un potentiel réel à la fois comme marché et comme client.

Afin d’élargir le cadre, les pays voisins ont été consultés et in fine ceux qui avaient le plus à gagner ont répondu : l’Arménie et le Kirghizstan.

Aujourd’hui, cette Union des Cinq fonctionne à peu près correctement : Même si elle n’est pas à 100%, la libre circulation des biens et des personnes est à peu près réelle du moins pour les ressortissants directs.

Nous avons évoqué supra les opportunités réelles offertes par les 3 fondateurs. La synthèse est plus mesurée pour les deux autres :

ARMENIE :
Elle présente une double dépendance, vis-à-vis de la Russie et vis-à-vis de la Diaspora. Il est tout simplement illusoire d’y faire des affaires indépendamment de ces deux entités.

KIRGHISZTAN :
Ce pays pauvre mais à la culture bien ancrée connaît une crise politique symptomatique de ses « complexités » financières. L’actuel président JEENBEKOV est démissionnaire, sur fond de prises de pouvoir peu légitimes.
La situation est tellement explosive que la Chine, qui se sert pourtant du pays comme plaque tournante, reste totalement neutre. La Russie en fait autant, même si elle devrait défendre le Pouvoir en place au nom du contrat d’entente EEU…

Bref, hélas, à déconseiller pour ces deux pays.



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CASPIENNE

Nous avons évoqué supra deux des riverains de la Caspienne, à savoir Russie et Kazakhstan. A noter que l’équilibre de leurs relations est différent en tant que riverains qu’en tant que membres de la EEU. Cela est dû au statut juridique particulier de la Caspienne et qui n’a pu être défini qu’après 20 ans de négociations, les autres riverains étant Iran, Turkménistan et Azerbaïdjan.

De manière très résumée, l’équilibre trouvé a été celui d’une « copropriété » visant à partager équitablement les énormes ressources Oil & Gas de la Caspienne afin d’éviter les éventuels conflits armés.

Si l’on excepte l’Iran, deux pays pourraient alors constituer théoriquement des opportunités d’affaires, L’Azerbaidjan et le Turkmenistan.

AZERBAIDJAN

Le pays tenu d’une main de fer par le Président ALIYEV  et sa famille est caractéristique des affaires « persico-orientales », très éloignées du mode de fonctionnement moyen des entreprises hexagonales. La France est bien vue par la famille Aliyev, tout comme l’est Melania Trump qui y fait de l’immobilier. Ceci dit, le potentiel de business est réel, mais accessible uniquement si l’on a les (bons) liens avec la famille ou, plus fiable, si l’on se range derrière une major company fournisseur notoire de la famille.

Le récent conflit avec l’Arménie met l’ensemble des acteurs étrangers en inconfortable situation : Depuis le génocide turc l’Arménie est « l’amie du monde entier », mais à part la Russie qui discrètement essaye d’honorer ses engagements de défense au sein de la EEU dont l’Arménie fait partie, les ventes et aides vers l’Azerbaïdjan sont majoritaires, France et Russie incluses.

TURKMENISTAN

C’est une des dictatures les plus fermées au monde. Le président Gurbanguly Berdimuhamedow ne partage pas le pouvoir avec le peuple…
Seuls quelques rares groupes étrangers y réussissent, raflant au passage le jackpot. La France s’y distingue grâce à Bouygues qui jouit d’une position dominante et quasi exclusive.


Bien entendu, aucune opportunité pour une PME ou un groupe familial en direct.

LES RESEAUX TURKMENES EN EURASIE

Mais il faut rajouter un acteur réel qui travaille masqué autour de la Caspienne: La Turquie.
Ce pays a mis en place des réseaux de relations d’affaires que l’on a coutume d’appeler « la Ligne Turkmène ». Suivant un arc couvrant les rives de la Caspienne. Malgré son appellation, ce réseau dense et très introduit dans les économies locales n'est pas issu du Turkménistan mais de l'Empire Ottoman.

Cela peut rendre aux européens les approches plus difficiles, eu égard les habitudes prises et la manière turque de travailler.